Chronique des dernières grandes éruptions
Le Piton des Neiges s'est tu il y a environ douze mille ans, laissant place à un paysage figé dans le temps. À une trentaine de kilomètres de là, le Piton de la Fournaise n'a jamais connu ce repos : né du même point chaud, il compte parmi les volcans les plus actifs du monde. L'année 2026 en a apporté une nouvelle preuve : un bref sursaut de 33 heures dans la nuit du 18 au 20 janvier, confiné à l'intérieur de l'Enclos Fouqué près du Piton Jacob, puis une éruption majeure de 58 jours entre le 13 février et le 12 avril — dont cette page retrace la chronique, de l'ouverture de la bouche jusqu'à la mer.
Du 13 février au 12 avril 2026, l'éruption s'est déroulée en trois épisodes séparés par des pauses. Quatre instants photographiés retracent le fil du premier, le plus spectaculaire : de l'ouverture de la bouche jusqu'à la mer.
Le 13 février 2026 vers 10h, une nouvelle bouche s'ouvre sur le flanc sud-est du Piton de la Fournaise, à 2 000 m d'altitude, non loin du Piton Morgabine. Dans la nuit, la lueur des fontaines de lave embrase l'horizon, visible à des kilomètres à la ronde depuis les hauteurs du Grand Brûlé.
La coulée de l'éruption du 13 février 2026 aura franchi la route le 13 mars suivant : trois bras successifs recouvrent 260 mètres de chaussée en une matinée. Le bitume disparaît sous un front de lave incandescente, tandis que la végétation environnante s'embrase à son passage.
Trois jours après avoir recouvert la RN2, la même coulée atteint l'océan dans la nuit du 15 au 16 mars, à 00h20 — du jamais-vu depuis dix-neuf ans. Vue du ciel, elle dessine un ruban incandescent à travers la forêt, jusqu'à un immense panache de vapeur qui marque son entrée dans les eaux.
Après une pause, l'éruption reprend le 28 mars : la RN2 est recoupée le 29 mars, puis à nouveau le 1er avril, 300 mètres plus au sud ; la coulée rejoint l'océan une seconde fois le 30 mars, agrandissant le delta de lave. Une dernière reprise, du 8 au 12 avril, referme le cycle. Au total : 58 jours d'activité cumulée, entre 30 et 37 millions de m³ de lave émise, plus de 350 m de chaussée engloutis sur la RN2, et environ 8,5 hectares gagnés sur l'océan — une plateforme déjà reprise par l'érosion des vagues.
Marcher dans le noir pour voir naître le feu.
Depuis le 13 février 2026, quand la nuit tombe sur le Grand Brûlé, la Route des Laves se peuple de silhouettes silencieuses. Lampes ajustées, les marcheurs avancent vers les belvédères aménagés, guidés par une lueur qui grandit lentement à l'horizon. Puis, d'un coup, le paysage bascule : l'obscurité absolue se déchire d'un orange incandescent, et les fontaines de lave dessinent, à distance, la respiration du sous-sol — sourde, régulière, offerte au seul silence de ceux qui la regardent.
L'activité du Piton de la Fournaise est surveillée en continu par l'OVPF-IPGP. Avant toute sortie, consultez leurs bulletins officiels : une éruption peut débuter, se suspendre ou reprendre sans préavis.
Pendant une éruption, certaines zones de l'Enclos Fouqué et du Grand Brûlé sont fermées ou accessibles sous conditions, selon arrêtés préfectoraux. Les gaz volcaniques présentent un risque réel, y compris à distance du site éruptif.
La RN2, surnommée la Route des Laves, longe le Grand Brûlé jusqu'à la mer. Plusieurs belvédères aménagés offrent des vues dégagées sur les coulées. Ne vous aventurez jamais hors des sentiers balisés.
Depuis le 13 février 2026, le visage du Grand Brûlé a changé. Le 13 mars, la coulée a recouvert un tronçon de la RN2 ; trois jours plus tard, dans la nuit du 15 au 16 mars, elle atteignait l'océan pour la première fois en dix-neuf ans. Après une pause, une deuxième coulée a recoupé la route fin mars et rejoint la mer le 30 mars, avant qu'une dernière reprise, début avril, ne referme le cycle le 12 avril. Là où la lave rencontre l'océan, la mer se met à fumer et la roche se fige en falaises noires — nouvelle frontière entre l'île et le large.