Sur la lave encore tiède, la vie reprend pied — lichen après mousse, mousse après fougère
Quand une coulée du Piton de la Fournaise se fige, elle laisse derrière elle un désert minéral, noir et stérile. Mais la vie n'attend pas longtemps : sur la roche encore chaude s'installent les premiers organismes, ouvrant la voie, espèce après espèce, à toute une succession végétale. Cette page retrace les trois premiers chapitres de cette reconquête — les lichens, les mousses, puis les fougères.
Cinq espèces documentées sur les coulées du Piton de la Fournaise, dans l'ordre où elles s'installent — du lichen à l'arbuste.
Lichen, puis mousse, puis fougère, puis fougère arborescente, puis arbuste : chaque espèce pionnière prépare le terrain de la suivante, retenant l'humidité et amorçant la formation d'un sol, jusqu'à offrir un abri aux graines portées par le vent. Décennie après décennie, ce cortège discret transforme peu à peu le désert de lave en un sol capable de porter, un jour, une forêt.
Sur les coulées refroidies de l'Enclos Fouqué et du Grand Brûlé, en bordure des sentiers balisés de la Route des Laves — plus la coulée est ancienne, plus la couverture pionnière est dense.
Le lichen forme de petites touffes grises ou verdâtres à ras de la roche ; la mousse, des coussins denses vert vif ; la fougère pionnière déploie ses longues frondes dès qu'un peu de terre s'est accumulée dans une anfractuosité.
Ne pas confondre la fougère indigène Nephrolepis abrupta avec la fougère d'argent (Pityrogramma calomelanos), une espèce introduite et envahissante qui colonise aujourd'hui les mêmes coulées, parfois plus vite que la flore native.
Chaque touffe de lichen ou de mousse représente des mois, parfois des années de croissance patiente sur un substrat hostile. Un simple passage répété suffit à effacer ce travail.
La RN2, qui longe le Grand Brûlé jusqu'à la mer, traverse des coulées d'âges très différents — certaines vieilles de quelques années à peine, d'autres de plusieurs décennies. C'est en comparant ces coulées, les unes encore noires et nues, les autres déjà tapissées de vert, que la succession pionnière devient visible à l'œil nu.